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HISTOIRE DE LA BOLIVIE
L’Inca et l’Ange : la rencontre entre deux univers de pensée

Les débuts
Des pas de dinosaures près de Potosí et de Sucre. Les datations des pointes de flèches et autres outils trouvés dans les Andes indiquent une ancienneté de l’occupation humaine de 20 à 30 000 ans avant Jésus-Christ, comme le font les peintures rupestres polychromes aux motifs zoomorphes et géométriques des caves de Toro Toro (à ne pas confondre avec Toro Muerto, au Pérou, dont les pétroglyphes aux pigmentations blanches et rouges appartiennent à la période précéramique). La singularité de Toro Toro relève aussi de la paléonthologie. Dans cette vallée du nord de Potosí sont fossilisées des traces de dinosaures de l’époque jurassique (voir “Route de la Pachamama, Cochabamba”). Des traces de ptérodactyles sont aussi visibles sur une paroi de près de quarante mètres à Sucre.
Premiers peuplements sur les hautes terres. Se déplacant du nord de l’Amérique vers le sud du continent (Panama, Colombie, Equateur et Pérou), les humains seraient arrivés par vagues successives. Ces premiers hommes (et femmes !), qui feraient partie des sous-groupes ethniques Aruwakos, auraient gagné les régions du haut plateau Altiplano et de l’Amazonie, par des explorations en amont des rivières.
Nomadisme et culture. L’archéologue américain Kenneth Lee, qui habite Trinidad, a découvert dans le département du Beni quelque 20 000 “mounds” ou petits monts construits par plusieurs générations successives d’occupants. Dans une région humide et soumise la moitié de l'année à des inondations, ces monticules formaient des "îles artificielles" où les groupes construisaient leurs foyers.
Tous ces groupes (tout comme en Equateur et au Pérou) cultivaient manioc, maïs, cacahuètes et calebasses qui constituaient la base de leur alimentation.
Premières cultures : cultures de la “papa”, de Chiripa à Wankarani. Le lac Titicaca a été l’un des endroits qui attirèrent les hommes par la richesse de leur faune : camélidés (lamas, alpagas, vigognes, guanacos) ainsi que d’autres viscachas (lapins des Andes), cervidés… La pêche fut également un facteur important de concentration des groupes nomades. Aux abords du paléolac Minchin (qui rassemblait les lacs Titicaca, Poopo et dont les restes forment les salines de Uyuni et de Coipasa), à Viscachani (100 km de La Paz), s’étaient installées des communautés préagricoles.
Plus en hauteur, il y a des restes des groupes plus anciens, comme s’ils avaient suivi la descente du niveau du paléolac qui finit par disparaître, laissant en aval des groupes toujours plus jeunes.
La culture Chiripa (1200 avant J.-C.) est donc l'une des plus anciennes de Bolivie. Son économie était axée sur l’agriculture et la pêche. Pour pratiquer celle-ci, les hommes utilisaient des barques en roseau, les fameuses “totora”.
Les premières constructions chiripa avaient des doubles murs. L’espace ainsi obtenu les protégeait du froid en créant une isolation thermique et servait en même temps d’entrepôt. L’entrée, surélevée par rapport au sol, était fermée par une porte coulissante faite de cuir tanné, tendu sur un cadre de bois.
Les Wankaranis s’étaient établis au nord et au nord-ouest du lac Poopo. Leurs habitations circulaires en brique de terre et aux toits de paille avaient la forme des igloos. Ils cultivaient la papa et le quinoa (plante très riche en protéines). Ils ont laissé des têtes de camélidés sculptées dans des pierres en grès rouge.

 
Les cultures andines

Tiwanaku : la première grande culture andine. Pour les Indiens de la cordillère des Andes, “l’aïni”, l’entraide mutuelle au travail, ainsi que la “minka” et la “mita”, le travail collectif dans les mines, ont, depuis toujours, constitué des systèmes d’organisation les plus aptes à affronter un environnement hostile, où le labeur des hommes dans le froid de hautes altitudes n’était rendu possible que grâce à une forte solidarité.
L’“ayllu”, ou groupe familial totémique, est l’unité constituante d’un plus vaste ensemble communautaire, la “marka”, qui subsiste encore de nos jours. Ces communautés ont évolué progressivement vers une agriculture organisée et vers la constitution d’Etats proprement dits, Etats dont Tiwanaku offre un bel exemple. Le rayonnement de la culture Tiwanaku s’est perpétué dans des coutumes que l’on peut encore observer aujourd’hui et, notamment, sur la "Route de la Pachamama”. Lors de son apogée, Tiwanaku s’étendait sur une surface de 400 hectares, pour une population de 100 000 habitants.
Du Tucuman à Huancayo (Pérou) et jusqu’au Pacifique, la civilisation Tiwanaku nous a laissé des constructions de gigantesques blocs de pierre dont certains dépassent les cent tonnes. Or, à part le grès rouge, le site est dépourvu d’autres pierres. Comment ces blocs ont-ils été amenés à cet endroit ? Le chercheur Georges Squier écrit : “Nulle part au monde je n’ai vu des pierres taillées avec une précision et une habileté aussi admirables qu’au Pérou, où pourtant elles n’égalent pas celles qui sont éparpillées à Tiwanaku” (Encyclopedia Bolivia Magica, Hugo Boero Rojo, 1993, La Paz).
Et il appelle Tiwanaku la “Baalbek du Nouveau Monde”
La perfection des sculptures des temples Tiwanaku frappent d’admiration tous ceux qui ont la chance de les contempler. Le travail du métal, les céramiques polychromes aux motifs incisés, les étoffes, tout nous laisse pantois. Dans le domaine médical, les Tiwanakotas possédaient une connaissance approfondie de ce qu’on appelle aujourd’hui la médecine “naturiste” et pratiquaient la trépanation. Cependant, leurs connaissances ne dépassaient guère le domaine empirique. On sait maintenant que les médecins de Tiwanaku opéraient pour des maux de tête qui nécessitent aujourd’hui une simple aspirine… Il semblerait, en outre, que les Tiwanakotas s’intéressaient particulièrement à l’astrologie : les portes de leurs temples étaient dirigées vers l’orient et les frises de la fameuse porte du Soleil seraient, selon certains, des cartes astronomiques (voir chapitre “Tiwanaku”). Leur cosmogonie et sa vision binaire du monde s’exprime au travers de nombreux détails, par une division de toutes sortes d’éléments que l’on retrouvera ensuite chez les Incas : paille mâle et femelle, montagne mâle et femelle, flûtes de Pan divisées en deux rangées, tissus et ainsi de suite.

Chronologiquement, la civilisation Tiwanaku se divise en cinq périodes situées entre 1580 avant Jésus-Christ et 1200 de notre ère, époque où, mystérieusement, elle disparaît : période villageoise, révolution agricole, consolidation de l’Etat, période impériale et, enfin, la période d’expansion où l’aire d’influence Tiwanaku atteint une superficie de 600 000 km2. De tant de grandeur évanouie, il nous reste quelque chose qui semble bien trivial :
la pomme de terre originaire de leur Altiplano…
La disparition de la civilisation Tiwanaku demeure un mystère. A-t-elle été détruite par un éclatement interne du système ou bien correspond-elle à l’inondation de son centre religieux ? Quoi qu’il en soit, quand les Incas arrivèrent, ils trouvèrent une ville morte.
Culture Mollo et seigneuries Aymaras (1200-1400). Prononcer Aïe-maras. Dans les vallées du nord de La Paz se trouvent les ruines de la citadelle d’Iskanwaya, capitale supposée de la culture Mollo, une culture régionale aymara.
Les Aymaras de cette époque pratiquaient la culture en terrasses et enterraient leurs morts avec un trousseau funéraire. Leur architecture était caractérisée par des portes de forme trapézoïdale, surélevées par rapport au sol, comme des fenêtres. Cette architecture des Tiwanakotas, de même que leurs terrassements pour les cultures, évoquent la civilisation inca. Mais l’analyse au carbone 14 de la céramique Tiwanaku prouve une existence qui lui est de trois à quatre siècles antérieure.
L’époque des seigneuries Aymaras représente une période intermédiaire entre la disparition de Tiwanaku et l’apparition de l’Etat inca. Il nous en reste des tombeaux nommés “chullpas” ainsi que des céramiques aux motifs noirs sur fond rouge. Leur langue commune était l’aymara. L’un des groupes les plus importants de cette population, habitant au bord du lac Sacré, étaient les Lupakas. Ils possédaient deux capitales, la capitale politique Hatunkolla et la capitale religieuse Paucarkolla. Les Lupakas étaient en conflits fréquents avec les Kollas, établis au nord-est du lac. Ces luttes s’arrêtèrent avec la domination inca.
Naissance de l’empire des Incas et de leur langue, le quechua. Civilisation inca ou, plus justement, l’empire du Tawantinsuyu (les quatre “suyus” ou régions administratives). L’Inca était le souverain du Tawantinsuyu. Selon la légende, la capitale inca, Cuzco ou “nombril du monde”, fut fondée par les enfants du Soleil : Manko Kapak et sa sœur et femme Mamma Okllo, apparus dans l’île du Soleil sur le lac Titicaca.
Le système judiciaire des Incas était très codifié. Selon une justice rigoureuse, voire cruelle, à chaque crime ou délit correspondait un châtiment : peine capitale, pendaison, torture, exil. Le menteur était simplement fouetté. Trois interdits gouvernaient la conduite humaine : “ama sua”, “ama llulla” et “ama k’ella” : ne pas voler, ne pas paresser et ne pas mentir.
La domination inca s’étendait du sud de la Colombie, en passant par l’Equateur, le Pérou et la Bolivie, jusqu’au nord du Chili et de l’Argentine. La langue officielle était le quechua ou la “runa-simi” (langue des hommes). Il semblerait que ceux qui appartenaient à la lignée royale parlaient une autre langue, inconnue du commun des mortels. La sagesse, l’histoire et la comptabilité de l’empire étaient inventoriées dans les “quipus”, des cordelettes nouées et colorées, selon un procédé mnémotechnique gardé secret par les quipucamayus. Malheureusement, à l’arrivée des Espagnols, la quiputhèque de Cuzco fut brûlée comme le furent les Codex mayas. Aujourd’hui, la plus grande quiputhèque du monde se trouve dans un endroit plutôt inattendu et fermé aux chercheurs : les archives du Vatican. Les Incas donnèrent le nom de Kollasuyu à la région habitée par les Kollas ou Aymaras. L’aymara, du fait de son poids historique, était resté la seconde langue de l’empire.
Dans cette société fortement hiérarchisée, la division du travail était très développée. Tout le monde se devait de produire, et certains peuples établis dans des régions très arides payaient leur tribut avec des poux qui étaient comptabilisés ! Les terres étaient cultivées par périodes rotatives tous les quatre ans, ce qui correspond encore à la cosmogonie et à la division du Tawantinsuyu ou empire des Quatre Sillons.
Grands bâtisseurs, les Incas ont légué à l’humanité une des merveilles du monde, Machu Pichu, ainsi que de nombreuses constructions de blocs énormes, merveilleusement assemblés. L’une d’elles est l’“Ajllawasi”, la maison des élues, dans l’île de la Lune (Koati), qui se trouve en face de l’île du Soleil et où vivaient les filles de la noblesse à partir de l’âge de huit ans. Ces vestales, appelées aussi “ñustas” ou vierges du Soleil, confectionnaient des vêtements et préparaient la nourriture et les boissons de maïs (la chicha) destinés aux Incas. Elles devaient en outre entretenir le feu éternel. Le prêtre Cobo raconte que Ajllawasi abritait une statue de femme grandeur nature dont la moitie supérieure était en or et la moitié inférieure en argent. Cette statue qui représentait la mère des Incas aurait été ultérieurement emportée à Cuzco par ordre du conquistador Pizarro, pour être convertie en lingots…
Mitimaes (déplacements de population). Grâce aux constants dénombrements et inventaires, l’Inca connaissait parfaitement les affaires de l’empire. Le compte de soldats, de travailleurs, l’évaluation des richesses produites par le travail des corvées et des ressources nécessaires à l’entretien de la main-d’œuvre, étaient rendus possibles grâce au quipus. Les peuples qui voulaient s’incorporer à l’empire, recevaient une “aide technique” par l’intermédiaire des mitimaes, des techniciens en mission hors de leur communauté.
Les peuples hostiles aux Incas couraient le risque d’être envoyés dans des régions très éloignées de leur territoire. Par le fait du système de mitimaes, on vit des populations de l’Amazonie déportées dans les Andes ou inversement.

 
La dynastie inca

Les souverains incas qui gouvernèrent l’empire du Soleil :
1. Manko Kapak fonde l’empire.
2. Sinchi Ruka, son fils, procède au recensement et divise l’empire en quatre régions.
3. Lluq’ë Yupanqui, troisième de la lignée, élargit le Kollasuyu, après avoir vaincu les Ayaviris (nord du lac Titicaca) et pris Hatunkolla y Pukara.
4. Maïta Kapak, son fils, est un grand guerrier. Il soumet les Kollas et instaure le système des quipus.
5. Kapak Yupanqui, fils de Maïta Kapak, soumet les hardis Omasuyus (nord de La Paz) et de la ville de Chayanta, et vainc les redoutables armées de Macha, qui deviendront par la suite les soldats les plus redoutés de l’empire.
6. Inca Ruka, son fils, militaire émérite et constructeur actif, crée les écoles de la noblesse et fait adopter la langue quechua comme langue officielle de tout l’empire.
7. Yawar Wakaj doit céder son trône à son fils, par manque de caractère.
8. Wirakocha, ou Inca Ripak, pousse sa conquête jusqu’à l’actuel Tucuman (Argentine). Il fait construire le palais de Nustas, ainsi qu’un canal long de 600 kilomètres à Huancavelica (Pérou).
9. Pacha Kutij, son fils, étend l’empire au Grand Chimú et ordonne la construction de la forteresse de Sacsayhuaman (Cuzco). Le calendrier inca date de son gouvernement.
10. Tupak Yupanqui, fils du Pacha Kutij, avance vers Quito et fait construire le temple Pilkokaïne dans l’île du Soleil, le temple des vestales dans l’île de la Lune et Copacabana (à ne pas confondre avec la plage de Rio de Janeiro). Militaire audacieux et grand constructeur, il règne pendant près d’un demi-siècle.
11. Huayna Kapak, son fils, consacre dix-sept années à la conquête totale de l’Equateur. Il conquiert Quito et se marie avec la fille du souverain vaincu, Cachas. De leur union naîtra Atau Wallpa (Atahuallpa). Huayna Kapak est averti de la présence des Espagnols sur les côtes du Nord, en même temps qu’épidémie et tremblement de terre s’abattent sur le royaume.
12. Waskar (Tupak Kusi Wallpa), demi-frère d’Atau Wallpa et fils légitime de Huayna Kapak, gouverne pendant deux ans et quatre mois.
13. Atau Wallpa (Tijci Kapak Inca), son demi-frère, sera le dernier empereur inca. Fait prisonnier en 1532, il est assassiné sur ordre de Pizarro qui lui avait pourtant promis la vie sauve.
14. Toparpa (Tupak Wallpa), frère des deux derniers. Fait prisonnier, il est tué par Pizarro.
15. Manko Inca Yupanqui (Manko Kapak II), quatrième fils de Huayna Kapak, prend la tête du soulèvement. Il s’enrôle d’abord dans les troupes de Pizarro et apprend le métier des armes. Ensuite, il mène une guerre d’usure contre les Espagnols. Il vainc Hernando Pizarro à la bataille d’Ollantaytambo, ville qui devient le siège de son gouvernement. Finalement réfugié dans les Andes, il fonde la “dynastie de Vilcabamba”. Trahi, il meurt assassiné vers 1537.
Trois souverains vont encore se succéder sur le trône :
16. Sairy Tupak, fils de Manko Kapak II. Couronné à Vilcabamba, il meurt encore enfant, empoisonné par les Espagnols.
17. Tito Kusi Yupanqui, deuxième fils de Manko Kapak II. Personnalité complexe, qui combat les conquérants avec une bande de pillards. Après un bref gouvernement, il meurt de pneumonie.
18. Tupak Amaru Inca, troisième fils de Manko Kapak II. Grand guerrier, il fait subir de nombreuses défaites aux troupes d’occupation. Pris par les Espagnols, il sera décapité par ordre du vice-roi Francisco de Toledo, le 24 septembre 1572, sur la grande place de Cuzco.
Ainsi mourut le dernier représentant de la dynastie des Incas, dont certains avaient été entraînés dans une collaboration avec le système établi par la conquista. C’est ainsi que des mariages entre princesses indiennes et les nobles de la cour d’Espagne, venaient légitimer la domination de la couronne espagnole.

 
La Conquista

Waskar, qui n’était pas d’accord avec la décision de son père de diviser l’empire en deux (avec deux capitales, Cuzco et Quito) et de le partager avec son demi-frère, lui déclare la guerre et le vainc dans un premier temps. Fait prisonnier, Atau Wallpa réussit à s’évader et prend sa revanche à Yawar Pampa (champ de sang). Waskar, emprisonné à son tour, offre aux Espagnols le double de la rançon versée plus tard à Pizarro par son demi-frère, mais il meurt assassiné par les soldats d’Atau Wallpa. Pizarro arrive à Tumbez avec cent quatre-vingt-onze hommes et vingt-sept chevaux. Ce sera le début d’une invasion qui sonnera le glas d’un empire. En 1532, Atau Wallpa est fait prisonnier et exécuté quelque temps plus tard, lors de son baptême, après avoir reçu le nom chrétien de Jean.
L’Eldorado, un empire où le soleil ne se couche jamais. La rançon des 24 tonnes d’or exigée par Pizarro et payée par Atau Wallpa en 1553 déchaîna les convoitises des conquistadores qui ne doutèrent plus d’avoir atteint les rives de l’Eldorado. Transformant la “mita” en un système de travail forcé, ils enrôlent les Indiens, corvéables à merci, dans les mines et aux travaux des champs. La culture intensive de la coca dans les régions tropicales du continent ainsi que le travail dans les mines s’accompagnent de massacres. Environ huit millions d’Indiens mourront de faim, de froid et de tuberculose à Potosí et à Huancavelica. Un aperçu quelque peu poétique nous en est donné dans le film Aguirre : la colère des dieux, de Werner Herzog. L’économie espagnole va se développer à partir d’un seul centre principalement : Potosí. La Ville Impériale de Charles Quint sera, pendant la durée de la colonisation, le coffre-fort de l’Espagne. Ses trésors financeront les guerres de conquête que l’empereur conduit en Europe et au-delà : de la Terre de Feu à la Californie et le Texas, de Cuba aux Philippines, de Séville jusqu’à Prague…

 
Organisation sociale de la Conquista

En 1498, soit six ans après la découverte, les Espagnols inaugurent la vente d’Indiens aux enchères publiques sur le marché de Séville. Pour les docteurs de l’Eglise, la qualité d’êtres humains n’appartient qu’aux seuls chrétiens. On doit au pape Paul III d’avoir reconnu une âme aux Indiens. Bien que le concile de Trente établisse par bulle pontificale, en 1537, que “les Américains sont des êtres rationnels”, les Indiens sont réduits à esclavage. Le système d’“encomienda”, auquel ils sont assujettis, est devenu, sous la domination espagnole, la forme la plus absolue de l’exploitation. L’“encomendero” a droit de vie et de mort sur ses sujets. Les Indiens qui résistent sont décapités. Le système implique que la formation et l’évangélisation des Indiens soient entièrement confiées au seigneur espagnol qui, en échange de sa “bienveillance”, se voit attribuer par la couronne des terres ou des mines. Un prêtre pourtant mène une action inlassable en faveur des Indiens : le père Bartolomé de Las Casas, qui alerte Charles Quint et publie des ouvrages célèbres où il prendposition pour la défense des Indiens. Ce sont les Brevisima Relacion de la Destruccion de las Indias, Historia de las Indias et Octavo Remedio où il réclame la suppression de l’encomienda. Il rend également possible la publication des Lois Nouvelles, favorables aux Indiens, mais hélas, restées sans effet.
Servir le roi en toute fidélité. Le 20 janvier 1503 est créée, à Séville, la Casa de la Contratación, seule autorité pouvant octroyer le droit de commercer avec les colonies d’Amérique. Là, s’établissaient les permis de négoce, faveurs ou récompenses, dictés par les besoins de la couronne. Le fonctionnement de tout le système colonial dans le Haut-Pérou (Bolivie) était axé sur le “repartimiento”, qui consistait à vendre aux indigènes les produits fabriqués en Espagne ou en Europe (objets pour la plupart inutiles à la population), et sur la mita (adaptation pervertie du système de travail collectif andin dans les mines et les encomiendas) accordés par la couronne espagnole.
Pendant près de quatre siècles, les Espagnols installés sur ces terres vivront au rythme de la grandeur du royaume d’Espagne et des nominations des autorités coloniales. En 1573, le vice-roi Francisco de Toledo, envoyé de Charles Quint, réinstaure la mita pour l’exploitation des mines. On a pu voir là une amorce d’organisation capitaliste, puisqu’il était décidé que les Indiens réquisitionnés seraient payés. Ce qui ne changeait pas grand-chose à la condition des mineurs, le prix des denrées indispensables à leur survie dépassant de beaucoup leurs misérables salaires. Toutes les activités n’avaient qu’un but : servir le roi en toute fidelité. Cependant, quelques détournements de fonds, dus à l’oubli ou à la bienveillance des autorités coloniales, n’étaient pas un grand péché contre la couronne.
En 1681, sont publiées à Madrid les Leyes de Indias, les Lois des Indes. A leur propos, un gouverneur espagnol dira : “se respetan pero no se cumplen” (on les respecte mais on ne les applique pas).
Des fiestas pour oublier l’exil. Les encomenderos accumulaient d’immenses fortunes et certains disposaient des services de milliers d’indigènes. Les notables de Francisco de Toledo menaient une vie princière grâce au travail des Indiens qui mouraient de faim. Les fêtes et les divertissements se succédaient tout au long de l’année. Comédiens et chanteurs d’opérettes (zarzuelas) venaient en tournées agrémenter les loisirs d’une classe de privilégiés. En témoignent encore nombre de tableaux de l’époque, où la magnificence des habits le dispute à la splendeur des décors.
Trois mots d’origine quechua évoquent bien la situation de l’Indien pris entre le pouvoir colonial et les exigences de sa propre culture : la “tinka” ou le cadeau que fait le patron aux mineurs pour le carnaval (alcool, foulard de couleur et sucreries). Ces largesses serviront au mineur à faire la “challa” ou l’offrande à l’“anchancho”, espèce de génie infernal, créateur de richesses, dont il est impératif d’alimenter l’appétit au risque de le fâcher et d’être dévoré par la mine.
Epidémies et évangélisation. Tandis que soies et velours, châles brodés et crinolines parent les Espagnols, l’espace public est insalubre, les immondices s’accumulent dans les rues et les épidémies sont fréquentes. Variole, typhus et maladies vénériennes, apportés par les conquérants, auront facilement raison de la population indigène déjà affaiblie par la famine, tandis que soucieux seulement du salut des âmes, les ordres religieux se disputent un capital de millions d’individus. La majorité des missionnaires arrivés sur les lieux ne se comporte guère mieux que les soldats de l’armée conquérante. Tous sont persuadés de la supériorité de leur race et commettent mille abus, tout en prêchant une religion de charité. Les ordres religieux s’emparent de terres fertiles soustraites aux Indiens. La tyrannie des prêtres sans scrupules vient s’ajouter à celle des colons.
De somptueux couvents et églises voient le jour. Tous les Indiens sont obligés de se rendre à la messe, on prend note des absents, qui sont punis. La pureté de mœurs est sévèrement surveillée, les jeux de dés et de cartes sont interdits. Les fêtes familiales ne peuvent être célébrées sans l’autorisation du prêtre. Pour couronner le tout, le clergé fait rouvrir les “obrajes”, les ateliers de tissage, temporairement fermés, où les Indiens travaillent dans des conditions abominables. Mais surtout, ces prêtres ignorants et bornés s’acharnent contre les mythes fondateurs d’une vieille civilisation et, parallèlement au génocide perpétré par les conquistadores, s’appliquent à détruire l’identité et la cohérence d’une pensée religieuse qui leur semble diabolique.
La déesse mère Pachamama est transformée en Vierge brune, telle la Vierge de Copacabana qui portait le nom d’un dieu pré-inca Kopakawana, adoré sur les bords du lac (voir le chapitre consacré à Copacabana, dans “Route de la Pachamama”). Illapu, le dieu de l’Eclair et du Tonnerre, est remplacé par Santiago (saint Jacques), lequel reste encore de nos jours le patron d’un grand nombre de villages.
L’art se doit de se nourrir exclusivement des thèmes bibliques ou de ceux glorifiant l’envahisseur, représentant de Dieu sur la terre. Appliquant les principes d’une esthétique étrangère, la peinture coloniale nous a laissé des œuvres stéréotypées, qui témoignent de la violence infligée à l’identité des peuples autochtones.

 
Les vice-royautés redéfinies (1776)

Le territoire actuel de la Bolivie comprend la région nommée jadis le Alto Perú (Haut-Pérou). L’expression “ça vaut un Potosí” qui est l’équivalent, par antinomie, de “ce n’est pas le Pérou”, vient du fait que les richesses du Pérou étaient en grande partie celles de Potosí (voir “Route de l’Argent”). Le territoire de la Bolivie actuelle occupe trois millions de km2 et s’appelle la Royale Audience de Charcas.
La vice-royauté du Pérou englobait les territoires espagnols de l’Amérique du Sud : Venezuela, Colombie, Panamá, Equateur, Pérou, Bolivie, Chili, Argentine et Paraguay,
et ceci jusqu’en 1717, date de la création de la Nouvelle-Grenade (Colombie, Equateur, Venezuela et Panama). L’année 1782 voit naître la troisième vice-royauté, celle du Rio
de La Plata (Buenos Aires avec Argentine, Uruguay, Paraguay et Bolivie) divisée en
huit “Intendencias” : Buenos Aires, Córdoba, Salta, Potosí, Charcas, La Paz, Asunción et Santa Cruz. Administrativement, le Haut-Pérou est rattaché à la vice-royauté de Lima et plus tard, à celle du Rio de La Plata (lire Argentine).
L’Empire espagnol, tiraillé par les administrations de ces deux colonies, finit par accepter le libre commerce avec les autres Etats d’Europe, l’Angleterre principalement. La loi est ratifiée par le vice-roi du Rio de La Plata en 1778.

 
Guerre de l’indépendance (1810-1825)

Les martyrs indiens (1781-1800). Bien des groupes indiens entrèrent en résistance contre l’envahisseur. Certains même firent trembler le pouvoir espagnol. En 1623, le franciscain Bernardino de Cárdenas promit le pardon aux Indiens, à la suite de quelques troubles, mais en octobre 1624, il finit par en pendre deux : Gabriel Guanaiquite et Gabriel Hagla. Par ailleurs, certains Indiens de haut rang, nommés “curacas”, étaient employés par les colons à des tâches administratives, comme celle de collecter les impôts. Rôle ambigu, qui leur assurait autorité sur les Indiens mais qui les obligeait à rendre des comptes aux Espagnols.
Ainsi, en 1781, Tomás Katari “curaca”, collecteur d’impôts, fut jeté dans un précipice par les Espagnols, ce qui provoqua un soulèvement dirigé par ses frères, qui furent eux, pendus à Chuquisaca. Katari connut le même destin que Tupak Amaru qui prit la tête du soulèvement indien au Pérou et qui fut écartelé par les Espagnols.
Julián Apaza appelé également Tupak Katari, patronyme forgé à partir des noms de deux martyrs indiens, assiégea la ville de La Paz pendant des mois. Les chroniques rapportent que les Espagnols durent manger leurs souliers en cuir. Mais lui aussi fut pris, écartelé et sa femme Bartolina Sisa pendue. C’est ainsi que les Indiens furent les premiers à initier le mouvement de rébellion qui conduira bientôt aux guerres de l’Indépendance.
Le rêve de Simon Bolívar (1783-1830). Simon José Antonio de la Santísima Trinidad Bolívar y Palacios naquit à Caracas en 1783. La Grande-Colombie pour laquelle il avait tant combattu n'a pas encore vu le jour mais, deux siècles après sa mort, en 1995, un membre du congrès de l’Equateur a pourtant proposé encore que la Bolivie, l’Equateur et le Pérou ne fassent plus qu’un seul pays…
On connaît par la “doctrina Bolívariana” (la doctrine de Bolívar) l'ardente volonté du Libertador de cimenter l’union des pays du continent, par opposition à la doctrine Monroe, du président américain du même nom qui, avec sa phrase “l’Amérique aux Américains”, inventa en quelque sorte le slogan de l’impérialisme des Etats-Unis avec ses différentes facettes : économique d’abord, politique et idéologique ensuite. Bolívar commence à rêver d’une Amérique latine unie lors de son séjour à Paris. Il assiste au sacre de l’empereur Bonaparte à Notre-Dame et il est fasciné par ce personnage mégalomane qui veut construire une Europe forgée par les idéaux et les changements politiques apportés par la Révolution française.
Une question tracasse Bolívar : comment affronter ceux qui, plus tard, vaincront ce même Napoléon Bonaparte et ses puissantes armées ? L’Espagne, bien qu’affaiblie, reste la première puissance mondiale de l’époque. Bolívar songe alors à ceux qui avaient détruit l’Invincible Armada, les Anglais. San Martín, Bolívar et Francisco de Miranda vont aussi d’entrée de jeu lier le sort économique de leurs futurs pays et l’indépendance pour laquelle ils se seront tant battus. En s’appuyant sur l’aide logistique de l’Angleterre, San Martín entame la libération de l’Argentine et du Chili, dès les années 1810. Sans la constitution de véritables armées de libération, les mouvements d’indépendance locaux, qui commencent à éclater dès 1809 à Charcas et à La Paz, ne seraient jamais venus à bout de l’ennemi. Vers 1815, l’indépendance de ces deux pays est acquise. A partir du nord, Bolívar commence à descendre les Andes avec ses “lanceros colombianos”, libérant, bataille après bataille, les territoires de la Grande-Colombie : le Venezuela, l’Equateur et la Colombie actuelle.

 
Les luttes d’indépendance (1809-1825)

Dès les premiers soulèvements, la vie devint très tumultueuse dans les provinces du Haut-Pérou. Les marchandises n’arrivent plus avec la fluidité à laquelle étaient habitués les señores. Apparaissent aussi les Juntas
o Cabildos (réunions publiques, qui abrogeaient de fait l’autorité des fonctionnaires de la couronne…). Des personnalités prennent les armes et organisent une lutte de guérilla
(à noter que le terme espagnol est utilisé pour la première fois en 1814). Remontant jusqu’à Lima, l’armée de San Martin libère quelques provinces du Pérou, mais les troupes royalistes, concentrées là où se trouvait le joyau de la couronne, ne lui permettent pas de libérer le Haut-Pérou. San Martin se rend à Guayaquil, où fut scellé l’Abrazo (l’accolade) de los Libertadores, et laisse à Bolívar la liberté d’intervenir dans les provinces du Pérou s’il lui était demandé. En effet, Torre Tagle, qui se voit encerclé par les forces royalistes de La Serna et Olañeta, lance un appel au nom de l’Assemblée constituante du Pérou, à José Antonio de Sucre, appel que celui-ci retransmet à Bolívar.
Antonio José de Sucre fait signer l’appel à l’armée colombienne de Bolívar. Ce dernier attendait des renforts que Santander, vice-président de la Nouvelle-Grenade (Colombie), ne voulait pas lui envoyer. C’était plus qu’ennuyeux…
Vers 1823, l’essentiel de l’empire espagnol de l’Amérique du Sud est tombé. Bolívar se voit proposer la présidence du Pérou alors que les armées espagnoles se concentrent au sud-est du Pérou et dans le Haut-Pérou. A la tête de quelque cinq mille hommes, Sucre affronte une armée très puissante, composée des forces d’élite des troupes royalistes, et la vainc ; les troupes royalistes comptaient environ douze mille soldats à la bataille d'“Ayacucho” (en quechua, le coin de la mort).
La bataille d’Ayacucho, en novembre 1824, marque l’accession à l’indépendance de la puissante vice-royauté du Pérou. Les terres libérées par Bolívar s’étendent depuis le Panama actuel jusqu’à la pointe sud de la Bolivie, telle que ses frontières la définissent aujourd’hui. Environ sept millions de km2. Une vraie puissance régionale.

 
La république de Bolívar

Coup de théâtre ! Pour fêter la fin de la guerre de quinze ans (c’est ainsi qu’on désigne la guerre d’Indépendance en Amérique du Sud), voilà que Sucre se voit proposer la création d’un Etat à la gloire du Libertador, la république de Bolívar. Le président du Pérou voit d’abord d’un mauvais œil cette sécession du plus riche pays des Amériques. Mais bientôt, en observant le comportement de la naissante classe dominante du Pérou, il se dit que le Haut-Pérou et sa montagne d’argent de Potosí (qui d’ailleurs continue toujours à produire), peut offrir un terrain idéal pour lancer les réformes politiques et économiques dignes de son rêve d’union latino-américaine.
C’est parti pour la Bolivie ! Le 25 août 1825, naît à la Casa de la Libertad de Charcas, aujourd’hui Sucre en l’honneur de l’illustre maréchal de Bolívar, un pays peuplé de trois millions d’habitants, immensément riche, et le deuxième le plus étendu du continent après les colonies portugaises de l’époque (le Brésil) et l’Argentine qui existe déjà. Bolívar est loin d’imaginer que pour sa “fille préférée” ainsi que pour lui-même, le pinacle est atteint. Bolívar régnant sur la montagne d’argent de Potosí est le moment de gloire de la Bolivie, qui, en ce même instant (26 octobre 1825), est le plus puissant pays de la région.
Bolívar dit ce jour : “Nous avançons vainqueurs depuis les côtes de l’Atlantique. En quinze années de combats de géants, nous avons détruit cet édifice de tyrannie, qui s’est formé en toute tranquillité pendant trois siècles de vols et de violences. Quelle liesse peut être la nôtre de voir restitués, par notre persévérance et notre effort, leurs droits à des millions d’hommes ! Quant à moi, debout sur cette opulente masse d’argent dénommée Potosí, qui éveille l’étonnement et l’envie de l’univers, et dont les riches veines ont, pendant trois cents ans, nourri le trésor public de l’Espagne, je tiens pour rien cette opulence quand je la compare avec la gloire d’avoir brandi depuis les plages brûlantes de l’Orénoque, l’étendard victorieux de la Liberté.” Présent aussi ce jour-là, le maître de Bolívar, Simon Rodriguez, avait assisté quinze ans auparavant au serment du mont Avenino, à Rome : “Je jure devant vous… je ne donnerai de repos à mon bras ni à mon âme jusqu’à ce que je casse les chaînes qui nous oppriment par la volonté du pouvoir espagnol.”
La traversée des Andes à partir des savanes vénézuéliennes ne fut pas une mince affaire pour Bolívar, surtout avec une armée minoritaire. Mais il était en train de constituer l’un des Etats les plus puissants du monde grâce à son courage et son entêtement.
La jet-set de l’époque offrait son assistance ou ses enfants pour le servir. Ainsi, Joseph Bonaparte qui demandait le titre d’aide de camp pour l’un de ses neveux, fils de Murat, ou sir Robert Wilson qui accompagnait Wellington : “Londres s’est électrisé devant l’éclat de vos prouesses… Le portrait de Votre Excellence est exposé chez moi. C’est le palladium de mon foyer… J’ambitionne pour Bedfort (son fils) la permission de conserver son grade de colonel de l’armée colombienne. Aide de camp du général Bolívar, Libertador-Président, c’est le plus beau titre dont on puisse se prévaloir en Europe”… Ou encore : “L’Europe libérale a les yeux fixés sur la vie de Votre Excellence… Rien ne peut égaler le prix que j’attache à votre amitié et à votre estime, mon admiration et les vœux que je fais pour Votre Excellence datent de nos premiers efforts pour la cause patriotique.” (La Fayette)
La boucle était bouclée. Mais hélas, en dépit d’un départ plus que réussi, le vent commençait à tourner.

 
La première Constitution de la République de Bolivie

Bolívar rédige lui-même la constitution politique de la Bolivie. Personne au monde n’a encore réussi à parfaire le travail de ce visionnaire qui anticipait le futur. Aujourd’hui, pourtant, certaines parties de son programme original restent lettre morte dans les pays qu’il a lui-même libérés.
A la même époque, il charge son maître, don Simon Rodriguez, de la création d’un nouveau concept d’enseignement : une école qui ferait abstraction des classes sociales, des races et des sexes. L’éducation devra être partagée entre la partie pratique (les travaux manuels, l’agriculture) et l’enseignement théorique. Cette vision révolutionnaire des choses est d’autant plus mal reçue que la nouvelle classe dirigeante est blanche, catholique, rétrograde et voit d’un très mauvais œil le libre accès des Indiens au savoir. Les bâtons seront mis dans les roues, Simon Rodriguez devra quitter la capitale en 1826, un an après le départ de Bolívar. Eduardo Galeano écrit dans Les Mémoires du vent que Rodriguez a été évincé sous prétexte qu’il ne gérait pas bien le budget de son affectation.
Le labyrinthe du “Libertador”. Gabriel García Marquez raconte le crépuscule du plus fascinant des Latino-Américains du XIXe siècle dans Le Général dans son Labyrinthe. Après avoir été l’objet de multiples tentatives d’assassinat, et rendu amer par le congrès de Panama qui met fin à son rêve d’un seul Etat sud-américain, Bolívar termine son existence, brisé par la désillusion et la tuberculose, en 1830. Il s’éteint, après une traversée de la rivière Magadalène, dans la plus grande pauvreté. Il meurt vêtu de la chemise qu’un cacique (un dignitaire indien) lui avait offerte, signifiant ainsi son attachement au Nouveau Monde qu’il avait tant voulu transformer. Quant à la Bolivie, elle n’avait pas encore terminé son chemin de croix…

 
La république défigurée (1825-1900)

Des remous dans la jeune république. Pour mieux faire comprendre toute la période républicaine jusqu’à nos jours, il faudra beaucoup parler d’économie. Les guerres, coups d’Etat et révolutions que la Bolivie a connus ont été dominés par les questions économiques. La première période peut se résumer par les tiraillements d’intérêts des Espagnols, créoles et métis face aux Indiens qui étaient d’une certaine manière protégés par les propositions du Libertador.
Il faut savoir que la situation stratégique de la Bolivie a été la cause des démembrements territoriaux égalant à une fois et demi sa surface actuelle. Au XIXe siècle, la Bolivie occupe un territoire gigantesque au cœur de l’Amérique du Sud. Elle possède un accès direct au Pacifique à travers le département de Potosí, appelé plus tard Atacama, et un accès indirect à l’Atlantique, par le biais de la rivière Paraná. Forte de richesses naturelles innombrables, la Bolivie éveille la convoitise de ses voisins, dès le début. Malheureusement, sa classe dominante, surtout dans la partie andine, se montre plus occupée par ses dissensions internes que par l’exploitation judicieuse d’une manne inépuisable de richesses.
Présidents et stabilité politique. Après deux mois d’exercice de sa présidence à vie, Bolívar laisse à son vice-président Antonio José de Sucre, le soin de s’occuper de sa “fille de prédilection”. Sucre ne pourra pas imposer aux couches dirigeantes les nouvelles lois élaborées par Bolívar. Il doit affronter les soulèvements intérieurs contre les grenadiers colombiens (l’armée de libération) et surtout des attaques péruviennes qui finissent par l’affaiblir. Il essaie de reprendre le contrôle mais, pendant un soulèvement, il est blessé et emprisonné. Le nouvel Etat ne disposait pas des flux d’argent de Potosí à cause de la baisse de production d’argent mais, surtout, à cause de la dette contractée auprès de l’Angleterre pour payer l’armée colombienne. Ne réussissant pas à imposer l’impôt unique, Sucre se voit forcé de s’attaquer à la propriété de l’Eglise et de confisquer ses biens urbains et ruraux. Attaqué par Gamarra et Andrés de Santa Cruz, il devra démissionner, puis partir prêter main-forte à Bolívar (à quoi l’obligeait le traité de Piquiza) qui était écarté du pouvoir en Colombie. Sucre mourra plus tard, en Equateur, dans un guet-apens provoqué par le même type de conflit de classe et de pouvoir économique qui l’avait déjà obligé à quitter la Bolivie.
Nommé président, Santa Cruz, reprenant en partie l’idée de Bolívar, cherche à constituer une confédération entre le Pérou et la Bolivie. Cette initiative sera mal vue par l’Argentine et le Chili qui s’allieront pour faire échouer le projet, défaisant la Bolivie à la bataille de Yungay.
En 1841, Gamarra essaiera de nouveau d’annexer la Bolivie au Pérou, mais il sera finalement battu par le président bolivien Ballivian.
En 1845, Ballivián et Frías rendent obligatoire l’enseignement religieux (retour à la case départ).
En 1848, Belzú prend le pouvoir et donne à son gouvernement une orientation populiste. Petit à petit, se met en place en Bolivie, à partir de Sucre, une nouvelle oligarchie, celle de l’argent. Les mines du sud du département de Potosí sont à l’origine d’une richesse qui permettra un nouvel essor de la ville universitaire des vallées andines.
Dans les années 1850, les mineurs de l’argent soutiennent José María Linares, un civil qui s’érigera en dictateur. Il se charge de changer le protectionnisme et lance l’émission de monnaie “feble” (faible). L’argent est dévalué du jour au lendemain par l’émission massive de pièces de monnaie. On assiste en Bolivie, comme dans le monde entier, aux dernières années de l’étalon argent. Ce premier essai de libéralisme économique sera finalement jeté par-dessus bord par l’un de ses collaborateurs, José María Achá. Arrivé au pouvoir, ce dernier tentera d’accomplir le désir de Bolívar en rendant la terre aux paysans. Il sera déposé par le bijou de l’histoire bolivienne : Mariano Melgarejo.
Melgarejo, l’antihéros (1864-1872). Mariano Melgarejo est né dans la paisible bourgade de Tarata, dans le département de Cochabamba. On lui a imputé la plupart des grandes pertes territoriales de la Bolivie. Notamment celle qui allait déclencher la guerre du Pacifique, en 1879, privant la Bolivie de son accès à la mer, ou encore celle du Mato Grosso qu’il échangea avec le Brésil contre un cheval et la décoration Cruzeiro do Sul. Melgarejo n’était en fait que la manifestation la plus terrible et anecdotique de l’oligarchie de l’argent bolivienne. Il est à noter que, parmi ses ministres et assesseurs, se trouvait la crème de l’intelligentsia du pays. Cette oligarchie était déjà à l’époque profondément liée aux intérêts économiques chiliens et anglais. Chiliens et Anglais exploitaient l’argent avec elle, mais soupçonnaient déjà que le département bolivien d’Atacama gardait d’énormes réserves de matières premières. Certes Melgarejo expulsa l’ambassadeur anglais de La Paz, attaché par force sur un âne. Ceci valut à la Bolivie la colère de la reine Victoria, qui ordonna à la Royal Geographic Society de rayer ce pays de la carte (anecdote étonnante, ces cartes existent vraiment !). Melgarejo fut un personnage d’une notoire ingéniosité et d’un abominable mauvais goût. Il obligeait ses ministres à embrasser les fesses de doña Juana Sanchez, sa femme, et forçait ses colonels à boire une casserole de chicha après leur avoir refusé une invitation.
Toujours est-il que c’est à partir du gouvernement de Melgarejo que commence la longue litanie de pertes territoriales de la Bolivie. C’est également Melgargio qui dépouilla de leurs terres les communautés paysannes, en donnant 60 jours pour acheter et acquérir les titres. Ce fut l’explosion : 20 000 Indiens marchèrent sur La Paz, ce qui réussit à ébranler son pouvoir. Finalement, il fut déposé par Agustín Morales (1871-1873).
Quelques petites années et deux ou trois (petits) présidents nous amènent au coup d’Etat (1876-1879) qui ouvrira les portes du Palacio de Gobierno au général Daza.

 

 
La guerre du Pacifique (1879-1884)

La perte de l’accès à l’océan Pacifique aura de grandes conséquences pour la Bolivie. Hilarión Daza décrétra un impôt de 10 Cts par quintal de salpêtre exporté par la Compagnie de salpêtre d’Antofagasta. Ce qui mettra fin au traité, interdisant l’augmentation des impôts, signé en 1874 avec les Anglais. Le
12 février 1879, le ministre plénipotentiaire du Chili demande à ce qu’on lui rende son passeport et déclare la rupture des relations diplomatiques avec la Bolivie, le 14 février les troupes chiliennes occupent le port d’Antofagasta et ce sera le début de l’enfermement du pays. Le Chili préparait cette action depuis deux ans, en achetant des armes et des bateaux à l’Allemagne avec l’appui des Anglais. La Bolivie, pour sa part, tiraillée par des conflits intérieurs, avait complètement négligé la défense de son territoire.
Malgré le traité d’alliance avec le Pérou et face à sa défaite militaire, la Bolivie se retire de la guerre (1880), laissant le Pérou affronter les troupes chiliennes qui finiront par occuper Lima (1881). Il faut signaler le rôle plus qu’obscur que joua l’oligarchie de l’argent bolivienne dans le conflit. Ses participations dans des sociétés chiliennes laissent à penser qu’elle n’est pas sans avoir une responsabilité dans le fait que l’armée bolivienne mit un an et demi avant d’affronter les Chiliens. On parle d’un traité secret entre les oligarques et les Chiliens, qui aurait été signé à Pulacayo.
Toujours est-il que la Bolivie a perdu son accès à l’océan Pacifique, ce qui sera lourd de conséquences pour l’avenir du pays. Sans le port d’Antofagasta, les coûts des importations et des exportations seront fortement pénalisés. La Bolivie perdra aussi d’immenses gisements de salpêtre et de cuivre (la mine de cuivre de Chuquicamata, la plus grande au monde, se trouve dans l’ancien département bolivien d’Atacama).
Cette invasion va provoquer une vague de ressentiment envers le Chili, sentiment qui sera exploité par les gouvernements futurs pour cimenter une cohésion nationale dans les moments de crise. Un ressentiment perceptible encore de nos jours, mais peut-être plus tout à fait justifié cent quinze ans après…
Les années 1880 verront l’arrivée en force des conservateurs (les patriarches de l’argent) qui prendront le pouvoir par l’intermédiaire du général Campero, lui-même de tendance libérale et actionnaire de la compagnie de mines de Huanchaca (celle qui pactisa avec les Chiliens). Lors des élections de 1884, l’industriel Gregorio Pacheco (conservateur, également issu de la Huanchaca) sera appelé à la tête de l’Etat. Il ne prendra pas de mesures importantes, mis à part le traité de trêve, en 1886, avec le Chili et l’inauguration du télégraphe. Les élections de 1888 porteront au pouvoir Aniceto Arce (un ex de la Huanchaca, lui aussi) dont l’attitude pacifiste vis-à-vis du Chili lui vaudra l’accusation de pactiser avec l’ennemi. Il aura l’occasion d’inaugurer le premier chemin de fer qui relie Antofagasta à sa mine de Huanchaca. Les élections de 1892 verront l’arrivée au pouvoir de Mariano Baptista, les libéraux, malmenés, ayant été écartés de la course présidentielle. En 1896, le Parti libéral est battu aux élections et c’est Severo Alonso qui assumera la présidence.

 
Les libéraux au pouvoir

En 1898, éclate à La Paz une révolution dirigée par un Comité fédéral. Cette révolution sera appuyée par les Indiens avec, à leur tête, Willka Zárate. Les Indiens s’étaient déjà distingués par le siège de l’église d’Ayo Ayo où s’étaient réfugiés les partisans du gouvernement. Cet épisode se terminera par la mise à mort des assiégés, y compris le curé dont la tête sera le vase de libation des Indiens révoltés. Cette insurrection des Indiens fut soutenue par les libéraux qui leur promirent la restitution des terres. Finalement, sous l’impulsion du colonel Pando, la révolution, de fédérale, deviendra libérale. Il appellera à une Convention nationale à Oruro, laquelle proclamera le général Pando président constitutionnel. Le gouvernement s’installera à La Paz (ce qui explique pourquoi le siège du gouvernement de la Bolivie est à La Paz et sa capitale à Sucre). En 1899, éclate la révolution du territoire de l’Acre, frontalier avec le Brésil. Après maintes péripéties, cette région sera cédée au Brésil par le traité de Pétropolis. En échange, le Brésil dédommagera la Bolivie avec deux millions de livres sterling et un chemin de fer qui ne sera jamais construit. Cette nouvelle sécession eut pour mobile le boom du caoutchouc. Ce sont les années où les Fitzcarraldo et autres señores de la goma font fortune grâce aux arbres de l’Amazonie. Ce traité, une fois de plus mal négocié, n’est qu’un prélude à celui de 1904, par lequel la Bolivie va perdre légalement toute possibilité de retrouver son accès à la mer.
Le métal du diable (1900-1946)
Le siècle qui commence va voir l’essoufflement du pouvoir de l’oligarchie de l’argent et l’ascension d’un obscur personnage, du nom de Simon Patiño qui, petit à petit, saura concentrer entre ses mains les mines andines d’étain, le métal du diable comme l’appelle l’écrivain bolivien Augusto Céspedes. Jusqu’en 1952, il sera littéralement le patron d’une Bolivie toujours très riche, mais exploitée et gérée comme un château féodal.
En 1904, les élections donnent vainqueur Ismael Montes, à qui l’on doit le développement de l’instruction publique. La même année, Montes est obligé par le Chili à signer une trêve en échange de laquelle il exige la construction du chemin de fer Arica-La Paz, avec libre transit pour les marchandises boliviennes ainsi qu’une indemnisation de 4 millions de livres sterling. Montes était loin d’imaginer qu’il cédait au Chili le territoire qui allait assurer jusqu’à 60 % des exportations chiliennes, grâce notamment à Chuquicamata.
En 1909, la présidence est transmise à Eliodoro Villazón. En 1913, Montes reprend la tête du gouvernement. Pendant son deuxième mandat, se forme le Parti républicain. Le Dr. José Gutierrez Guerra est investi président en 1917. Il n’apporte pas de grands changements et laisse le pouvoir, en 1920, à la suite du coup d’Etat des républicains.
En janvier 1921, le dirigeant des républicains, Bautista Saavedra, est investi président. C’est sous son gouvernement que la compagnie pétrolière Standard Oil signera un contrat d’exploitation du pétrole bolivien. Cette période correspond aussi au début des conflits liés à l’or noir, conflits qui vont coûter à la Bolivie le territoire du Chaco et l'entraîner dans une guerre atroce avec le Paraguay. Après l’annulation des élections de 1925, le nouveau président, légitimement élu en 1926, est Hernando Siles. Cherchant une réélection, il sera déposé par une junte militaire en 1930. Cette junte acceptera l’autonomie universitaire et appellera à des élections en 1931. Cette même année, Daniel Salamanca est élu président de la République. Il approuve une loi sur le divorce qui soulèvera les protestations du clergé.

 
La guerre du Chaco (1933-1936)

En 1932, le Paraguay occupe la garnison bolivienne de Laguna Chuquisaca. Les hostilités commencées ne s’arrêteront qu’en 1936. Ce sont des suppositions relatives à la richesse pétrolière du Chaco qui sont à l’origine de cette guerre. La Standard Oil estime que le Chaco contient de grands gisements de pétrole. La Royal Dutch Shell pense de même et pousse la Bolivie à envahir le Chaco pour s’approprier ses richesses. 60 000 morts et 200 000 blessés seront nécessaires pour se rendre finalement compte que le Chaco est tragiquement vide. Vide de pétrole, mais baigné de sang et hanté par les fantômes de ces soldats boliviens et paraguayens qui se sont battus pour rien…
En 1934, des élections sont organisées. Le vainqueur en est le penseur Franz Tamayo, mais le président en exercice est déposé par Luis Tejada Sorzano, son vice-président. Cependant, il est lui-même déposé par le commandement de l’armée, avec Germán Busch à sa tête. Le gouvernement est alors confié au général David Toro. Toro va nationaliser la Standard Oil et créer la YPFB, la compagnie du pétrole bolivien. Son successeur, Germán Busch, décrètera une loi sur les Mines qui pourrait bien être à l’origine de sa mort mystérieuse. Il voulait que les devises que rapportait la vente de l’étain soient remises à la Banque centrale. La loi fut abolie après son “suicide”. Il fut, à 39 ans, le plus jeune président de la Bolivie. Le gouvernement militaire qui s’installe appelle à des élections qui, en 1940, amènent le général Peñaranda à la tête de l’Etat. En décembre 1942, Peñaranda ordonne le massacre des mineurs de Catavi, ce qui n’augmente pas sa popularité. Il doit se plier, entre autres, au diktat des barons de l’étain qui imposent l’exemption de tout impôt afin que la Bolivie puisse vendre à bas prix l’étain que les alliés utilisent dans la Deuxième Guerre mondiale. Il sera écarté du gouvernement par une junte militaire dirigée par le major de l’armée, Gualberto Villarroel. Celui-ci suscitera l’élection d’une Convention qui le nommera président en 1944. Les lois sociales que ce président fera ensuite édicter ne seront pas du goût des maîtres du pays, les “barons de l’étain”, dirigés par Patiño.
La patiñocratie. Il y a, en Bolivie, une expression pour nommer une clique, c’est la “Rosca”, appliquée à l’origine à celle représentée par les “barons de l’étain”. Un Etat au-dessus de l’Etat. L’expression est due au président Saavedra. La Rosca est formée d’industriels mineurs, Patiño, Aramayo et Hoschild.
Voici une note trouvée dans les poches d’un mineur mort en prison : “L’entreprise Patiño, ne vit pas seulement de l’exploitation des travailleurs des mines. Mis à part l’alchimie raffinée qui transforme les poumons en or, Patiño connaît la diabolique façon de convertir le sang des Indiens en richesse et bien-être. Celui qui opprime le pays avec l’aide du capital financier a voulu faire des expériences avec l’exploitation féodale… Julio Ortiz est gérant de ses propriétés à Cinti, il abuse des Indiens en exigeant le droit de cuissage et le “diezmo” (10 %)… Ils ont raison, les Indiens et les mineurs, de former un seul bloc pour détruire ce sinistre poulpe appelé bourgeoisie féodale. Patiño, grand capitaliste et gamonal, les esclaves de “tes” mines et de “tes” terres sont en rébellion.”
La patiñocratie s’allie avec le PIR (Parti “communiste” qui recevait les ordres de Moscou) et initie le “sexenio rosquero” (six années de Rosca). Ils se montrent favorables à la pendaison de Villarroel qui affichait des opinions populistes. En 1947, le PIR va diriger le massacre des mineurs à Potosí. Ce sera le point fort de l’alliance Rosca-PIR.

 
La révolution bolivienne (1946-1964)

De la théorie à la praxis. En novembre 1946, les mineurs boliviens organisent un congrès à Pulacayo où sera approuvée la fameuse Thèse de Pulacayo, rédigée par Guillermo Lora, qui reprend la plupart des revendications des mineurs exploités par la Rosca. Elle prône, entre autres, l’occupation des mines, l’échelle mobile de salaires et des heures de travail, la prise du pouvoir par les ouvriers ainsi que la formation de milices ouvrières. C’est une réponse au retour de la Rosca au pouvoir et un véritable manifeste qui déclenche la résistance ouvrière. Celle-ci finira par impulser une révolution nationale avec, à sa tête, le M.N.R. (Mouvement nationaliste révolutionnaire). Le dirigeant du M.N.R., Victor Paz Estenssoro, qui fut élu en 1951, puis exilé en Argentine, prendra la tête du gouvernement.
1952 : espoirs et désillusions. Dans la foulée du soulèvement des ouvriers des mines et des usines textiles, l’armée est remplacée par des milices. Le gouvernement de la Rosca renversé, le nouveau gouvernement proclame la nationalisation des Mines, avec un contrôle ouvrier, l’éducation gratuite pour tous et le suffrage universel. Après la révolution mexicaine (1910-1919) et avant celle de Cuba (1959), la révolution bolivienne marque une étape essentielle dans l’accession à la scène politique des ouvriers boliviens.
En 1953, les paysans occupent les terres ce qui oblige le gouvernement à promulguer la réforme agraire. La servitude est abolie, du moins par décret.
12 ans… 12 ans. Douze ans, soit le double de la période nommée “le sexenio” (les six ans) des gouvernements de la Rosca. Ces années verront le passage du MNR d’une position anti-américaine à pro-américaine.
Une fois les mines nationalisées, les propriétés minières sont attribuées à la COMIBOL (Corporation minière de la Bolivie). Les mines représentent à l’époque plus de 80 % des revenus du pays. Obligés de partir, les barons de l’étain se font grassement indemniser. Mais Patiño and Co. n’a plus besoin de l’étain bolivien. Il est riche de bien d’autres investissements en Malaisie, au Mexique et surtout en Angleterre, où il continue à contrôler les prix de l’étain. Les cotations de cette matière première se font à Londres, et lui-même est propriétaire d’une fonderie d’étain à Liverpool.
En 1956, est élu président Hernán Siles Zuazo, celui qui avait tenté un coup d’Etat contre le gouvernement militaire de la Rosca, en 1952, et qui assura l’intérim avant que le chef historique du MNR, Victor Paz, soit rentré de son exil en Argentine. H. Siles appliquera des mesures économiques assez contraignantes pour les Boliviens, celles du Plan Eder de stabilité monétaire. 1956 est l’année de la première restructuration de la dette latino-américaine, avec un plan d’ajustement à l’appui (trente ans plus tard, les mesures de 1985 en Amérique latine n’en seront en fait qu’une répétition à plus grande échelle). Les mineurs ripostent par une grève générale, suivie d’une grève de la faim. Après avoir offert sa démission, H. Siles réussit à mater les grévistes et assure finalement son mandat jusqu’en 1960.
En 1959, un coup d’Etat manqué des militants du FSB s’achève par le massacre des “phalangistes”, dont leur caudillo O. Unzaga. En 1960, Victor Paz est réélu avec son vice-président, le général Barrientos. C’est une période de troubles et de remous parmi les universitaires et les ouvriers des mines. En août 1964, Victor Paz est reconduit pour un troisième mandat. A la suite de nombreux troubles, il occupe l’Université de La Paz et emprisonne les femmes qui faisaient la grève de la faim pour que leurs maris, syndicalistes emprisonnés, soient libérés. Les affrontements avec les mineurs se succèdent et finissent par un massacre à Sora Sora (octobre 1964). En novembre, les manifestations des universitaires feront sortir les soldats dans la rue.

 
La Bolivie à la caserne (1964-1982)

A l’issue de violents affrontements dans les villes, le général Barrientos s’empare du pouvoir et, très vite, supprime les milices. Barrientos, comme une grande partie de ses successeurs, se réclamera “issu des idéaux de la Révolution nationale”. Sa politique, favorable envers les multinationales, montrera à quel point il en était loin.
Pendant son gouvernement, les salaires des mineurs vont diminuer de moitié et il envisage même la dénationalisation des mines. Les frictions avec les mineurs et les étudiants des universités l’obligent à s’affronter aux premiers, qui revendiquent des réévaluations salariales, et aux seconds, barbus castristes arrivés en Bolivie pour créer “un, deux ou plusieurs Viêt nam”.

 
Le “Che”

Le héros argentin de la révolution cubaine, Ernesto “Che” Guevara, se rend clandestinement en Bolivie pour organiser le “foco armado” (noyau armé). C’est l’application de sa théorie de la Guerra de guerrillas, un livre qui circulera en même temps que la Révolution dans la révolution, du Français Régis Debray, aujourd’hui guérillero retraité. Ces thèses l’amènent à organiser une armée de libération nationale (ELN), qui sera composée de volontaires cubains ainsi que de guérilleros d’autres pays d’Amérique du Sud. Mais les actions éclateront avant l’heure, le Che et les siens ayant été trahis.
Son soutien le plus important, le Parti communiste bolivien (héritier du PIR), lui fera également défaut. Ceux qu’intéresse cet épisode historique consulteront avec profit
le journal de campagne du Che en Bolivie : il y traite les communistes boliviens de “porcs qui veulent des dollars”.
Fin 1995, à New York, le général bolivien à la retraite, M. Vargas, a levé le secret qui entourait le lieu d’inhumation du grand guérillero. Il a également rapporté que le Che, face au tortionnaire qui s’apprêtait à l’abattre, dit : “tire lâche, tu vas tuer un homme”. Cette histoire s’achève en juillet 1997, avec une nouvelle qui fait la une de Newsweek : Vive le Che ! On a enfin trouvé les restes d’Ernesto Che Guevara dans une fosse commune, à Vallegrande. Le petit bourg près de Santa Cruz acquiert à nouveau une renommée internationale qui va faire de lui un lieu de pèlerinage d’un nouveau genre. En ce qui concerne le saint de la révolution cubaine, ses restes seront transportés à La Havane pour les cérémonies qui lui sont dues, tandis que s'éternisent le blocus imposé par les Etats-Unis et l’entêtement de ses dirigeants.
Quelques mois avant la mort du Che, les mineurs furent accusés par le gouvernement de vouloir lui venir en aide.
Le massacre de la Saint-Jean (juin 1967), qui s'ensuivit dans les centres miniers, constitue un épisode tragique de l’histoire contemporaine de la Bolivie. Il sera à l’origine de nouvelles poussées du mouvement ouvrier bolivien, qui pèsera de tout son poids politique dans la vie du pays. Les années qui suivront verront encore s’accroître la résolution des mineurs.
Après la mort du Che, la Bolivie devait rentrer dans l’ordre des généraux. A cette époque, même les peintures murales se trouvaient en prison (vous pourrez le constater à La Paz…).

Une petite promenade sur la Plaza Villarroel, à La Paz, vous mènera au musée de la Révolution nationale, situé au centre de ladite place. Ce musée conserve des peintures murales que l’UNESCO avait prises sous sa protection après le coup d’Etat de 1980. Ce n’est pas touristique, mais ceux qui aiment l’art sauront les apprécier. De plus, vous y retrouverez des personnages qui vous paraîtront familiers, après la lecture de ce chapitre.

Quelques jours avant de se proclamer dictateur, le général Barrientos périt dans un accident, son hélicoptère s’étant écrasé sur la terre qui le vit naître, à Cochabamba.
Son vice-président, Luis Adolfo Siles, assurera la charge présidentielle (avril 1969) jusqu’au coup d’Etat du général Ovando (septembre 1969). Ovando fera occuper les installations de la Gulf Oil Company (deuxième compagnie nord-américaine, nationalisée…) par des soldats et signera le décret de réversion à la compagnie pétrolière bolivienne YPFB.
Un an plus tard, le haut commandement militaire se soulève et un triumvirat exerce le pouvoir pour quelques heures. Ovando quittera le palais du gouvernement le jour même, le général Juan José Torrés venant occuper la première magistrature. Ce sera le gouvernement le plus court de l’histoire de l’Amérique latine (six heures seulement).
Derrière les cinq présidents du 6 octobre 1970, on trouve l’impressionnante masse de gens qui faisaient la grève générale et qui voulaient le départ des militaires fascistes. C’était le résultat des thèses du IVe Congrès de la Centrale ouvrière bolivienne (COB).

 
L’Assemblée populaire (1970-1971)

Le Commandement politique créé autour de la Centrale ouvrière appelle, le 1er mai 1971, à la première session de l’Assemblée populaire qui constituera un contre-pouvoir face au général Torres. Des délégués de tout le pays se rendent à La Paz et proclament la nécessité de former leur propre gouvernement. Le général Torres proposant de nommer 50 % des ministères avec des ministres ouvriers, les délégués exigent qu’ils soient nommés avec la possibilité de les révoquer à tout moment. Ils insistent également pour que les masses soient armées. Finalement, Torres rétablit les salaires qui avaient diminué de moitié en termes nominaux et réels durant le gouvernement du général Barrientos. Lors de la manifestation du 1er Mai, les ouvriers occupent l’Assemblée nationale (Palacio Legislativo) et entament leurs délibérations. Ils décident le contrôle ouvrier collectif des Mines et des entreprises comme YPFB. Le gouvernement riposte en offrant seulement la moitié des Conseils d’administration. Certains diront que l’Assemblée populaire n’était qu’un Parlement populaire du gouvernement Torres. Mais les décisions et prises de position de l’Assemblée montraient bien que la Centrale voulait établir son propre gouvernement au-delà du gouvernement militaire.  Cependant, la reprise des délibérations de l’Assemblée ne pourra pas avoir lieu, le général Banzer y portant un coup d’arrêt avec un soulèvement militaire (août 1971) qui finit par imposer sa dictature. Les syndicats sont interdits, les camps de concentration se remplissent et les “traîtres à la Patrie” prolifèrent. En fait partie quiconque est d’un avis différent de celui du pouvoir. Les persécutions et assassinats se succèdent, la Bolivie suit son chemin de croix, mais de croix gammée, puisque l’un des cerveaux de ce régime n’est autre que Klaus Barbie.
Le général Tapioca gagne un septennat (1971-1978). Banzer gouverne selon la vieille trinité “ordre, paix et travail”. Sympathisant fasciste (il est appuyé par la Phalange socialiste de Bolivie), il ne peut garder le pouvoir sans le soutien du “jefe maximo”, Victor Paz Estenssoro, et de son parti, le MNR.

Cependant, il va vite évincer ses collègues et devenir le seul maître à bord. Au cours de son septennat, la dette extérieure bolivienne passe de 500 à 3 500 millions de dollars (multipliée par sept !). Banzer et les forces armées se lancent dans des grands travaux, souvent non justifiés. Il favorise certains secteurs de la classe moyenne et de la bourgeoisie, et se trouve aidé par la situation économique générale : en effet, les prix des matières premières boliviennes permettent alors au pays de vivre dans une certaine aisance, surtout dans les villes comme La Paz ou comme Santa Cruz qui va connaître une formidable expansion. Pourtant les mines et la campagne résistent. En 1975, Banzer devra envoyer l’armée pour écraser les soulèvements des paysans qui protestent contre la dictature. En 1977, Aurora Villaroel, Domitila Chungara et quelques autres femmes de mineurs commencent une grève de la faim. Un mouvement qui sera raconté par l’auteur d’un livre bien accueilli en France : “Si on me donne la parole” de Domitila Chungara (Editions Maspéro). La volonté de ces femmes rassemblera la Bolivie tout entière, qui déclare la grève générale et oblige le dictateur à programmer des élections pour l’année suivante. Banzer sera finalement écarté du pouvoir par son dauphin, le général Pereda, après des élections qui s’avéreront truquées..
La déesse blanche au “palacio Quemado” (1980-1982). La décomposition des gouvernements militaires commence et se termine par un phénomène qui a marqué l’image de la Bolivie de ces dernières années. Le 17 juillet 1980, le général Luis Garcia Meza, appuyé par les militaires argentins et par des membres du parti de Banzer (Acción Democratica Nacionalista, ADN), met fin au timide processus démocratique entamé en 1978. García Meza est un sanguinaire, placé au pouvoir par une nouvelle oligarchie, celle de la cocaïne. Meza a été emprisonné en 1995. Il se refait une “santé intellectuelle” en lisant Eduardo Galeano ou encore Surveiller et punir de Michel Foucault. C’est fou comme la réalité des dictateurs boliviens dépasse le fiction, pourtant superbe, d’Alejo Carpentier (Le Recours à la Méthode) ou de Miguel Angel Asturias (M. le Président).
Les trafiquants de drogue vont imposer un gouvernement dont le règne sera marqué par de nombreuses exactions et menaces à l’encontre du peuple. Ainsi, l’ancien ministre de l’Intérieur, le colonel Arce Gómez (qui purge une peine aux Etats-Unis), déclarait que les citoyens “devraient marcher avec leur testament sous le bras”. La cocaïne, nommée aussi “déesse blanche”, se trouvera ainsi à la tête de l’Etat et siégera au palais du gouvernement.
Cette époque néfaste verra la mort et l’emprisonnement de plusieurs leaders syndicaux, dont Marcelo Quiroga Santa Cruz, qui avait décidé la nationalisation de la Gulf en 1969. Ou encore ceux de la tête du Parti social-démocrate MIR.

 
1982-1995 : entre coca et Milton Friedman

Démocratie et hyperinflation (1982-1985). A la suite de nombreuses pressions internationales et d’une poussée du peuple qui, par l’intermédiaire des organismes syndicaux, appelle à la mobilisation, le général Vildoso succède au général Torrelio. Finalement, le vainqueur des élections de 1980, Hernán Siles, rentrera de l’exil et formera son gouvernement avec une coalition de gauche comprenant les militants du MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) et du PCB (Parti communiste bolivien). Les mesures économiques prises par ce gouvernement plongeront le pays dans l’abîme. L’inflation atteindra un taux annuel de 23 000 %. De quoi se promener avec des brouettes chargées de billets pour acheter une baguette ! Impossible de demander à ce qu’un cadeau soit enveloppé, il aurait coûté déjà beaucoup plus cher au moment de le payer.
Retour à la case départ. La Nueva Política Económica entamée par Victor Paz
(il commence alors son quatrième mandat) dès 1985, met plus de 20 000 travailleurs des mines au chômage. Ils iront grossir les rangs des cultivateurs de feuilles de coca dans les vallées de Cochabamba et de La Paz.  L’application du décret d’ajustement économique (le 21060) fera de la Bolivie le meilleur disciple du Fonds monétaire international. Restriction du budget de l’Etat, privatisations, réduction du déficit fiscal, politique monétaire stricte, libéralisation de la législation avec, pour résultat, une profonde récession, dans un pays où seule l’économie de la cocaïne (10 % du PIB, soit environ 600 millions de dollars par an) a pu éviter une nouvelle explosion sociale. Fragilisant l’économie formelle, la crise va permettre l’essor de l’économie de la drogue. Une partie des chômeurs émigrera dans le Chapare pour cultiver les feuilles de coca. Par ailleurs, l’explosion de la production des feuilles permettra aux trafiquants d’augmenter la production de pâte, réexportée ensuite vers la Colombie pour être transformée en cocaïne. Une chaîne de production qui demeurera inchangée jusque dans les années 1990, où l’on commencera à produire la cocaïne sur place.
1989 voit l’accès au pouvoir de Jaime Paz Zamora (le neveu de Victor Paz) grâce à l’appui de Banzer, qu’il avait lui-même combattu pendant le septennat. La politique néolibérale est poursuivie, accompagnée de scandales financiers et d’une corruption accrue. L’implication de ce gouvernement dans le trafic de drogue a été également prouvée.

 
Les années Goni (1993-1996)

Gonzalo Sanchez de Lozada (“Goni”), du MNR, est élu en mai 1993. Entré au gouvernement avec le premier vice-président indien de l’histoire latino-américaine, Victor Hugo Cardenas, il propose un “Plan de Todos”, le plan pour tous avec trois axes fondamentaux :
La capitalisation : privatisation de cinq entreprises stratégiques de l’Etat. L’investisseur opère une augmentation de capital lui donnant droit au contrôle de l’entreprise. La moitié des actions de la nouvelle société est donnée à deux gérants de fonds de pension (les espagnols BBV et Argentaria) pour qu’ils créent ex nihilo un système de fonds de pension de style chilien. A la différence d’un processus classique de privatisation, l’argent ne rentre pas dans les caisses de l’Etat, mais sert à financer la croissance économique en créant une épargne intérieure. Le modèle bolivien de capitalisation a fait ses preuves et sera imité par des pays d’Amérique centrale, l’Uruguay et, plus tard, l’Afrique.
La réforme éducative : le système, créé en 1953, est réformé. La gestion des lycées et écoles est transférée de l’Etat aux municipalités et régions qui, soit dit en passant, ne possèdent ni les moyens ni le savoir-faire pour pouvoir du jour au lendemain gérer un tel système. La conclusion peut sembler trop simpliste, mais on aboutit à une privatisation de fait de l’enseignement bolivien à moyen terme. Seule innovation positive : l’introduction de l’enseignement bilingue quechua-espagnol, aymara-espagnol et guarani-espagnol.
La participation populaire : une décentralisation administrative qui alloue à chaque région et ville du pays, la gestion de leur propre budget. Une idée nécessaire dans un pays comme la Bolivie où les villages éloignés sont pratiquement oubliés. Fin 1995, l’Etat a “capitalisé” ENDE (la compagnie d’électricité), LAB (la compagnie aérienne), ENFE (les chemins de fer), YPFB (gaz et pétrole) et Entel (les télécom).  Deux années plus tard, la capitalisation bolivienne a permis une entrée d’investissements directs de deux milliards de dollars.
La premier coup de pioche pour la construction du gazoduc Santa Cruz - Sao Paulo (cinq milliards de dollars d’investissements). L’économie bolivienne a été modernisée et, après un chemin tortueux qui a signifié en décembre 1996 la mort de quinze personnes dans les mines d’Amuyapampa, dans le Nord-Potosí, il semble bien que les dés soient jetés. L’Etat Providence de la Bolivie est bien mort et l’économie s’est modernisée de façon brutale en moins de trois ans. Le gouvernement de Goni laisse des indicateurs sains : comptes de l’Etat en équilibre (-0,5 % de PIB de déficit, pour mémoire celui de la France est -3 %), dette extérieure assainie (réduite par rapport à 1993), plus d’un milliard de dollars en réserve et une économie diversifiée. Il en va de même pour le système de partage de la richesse, la “Participation populaire”. Si le parti de Goni n’a pas eu la confiance populaire, c’est sans doute dû plus à la violence du processus qu’au contenu de celui-ci en tant que tel.

2006, changement de cap

Depuis 2006, le cocalero Evo Ayma MORALES est président de la République  (élu avec plus de 50% des voix au premier tour). La Bolivie vit actuellement une réelle transition politique, un vrai changement de cap.

 
   

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